Obsédé par la vérité des émotions

(même si c'est douloureux)


[Journal d'un scénographe (jour 1 à 7) par Arnaud Legrand]



"L'émotion à fleur de peau" serait une formule qui pourrait volontiers me définir. Je crois qu'il a toujours été programmé dans mon code génétique émotionnel que je ne refoulerais jamais l'once d'une sensation naissante. L'exprimer, l'extérioriser, la révéler, lui donner corps, il m'est aujourd'hui si naturel d'être connecté à mes émotions que j'en ai fait mon activité professionnelle : la scénographie.

Cette dénomination est d'ailleurs pour moi assez générique et j'ai toujours eu du mal à m'y cantonner. Avec BToB Classy, et ce concept de design que nous avons imaginé avec Cathy, notre travail ne pourrait se limiter à la conception de l'espace scénique d'un séminaire. Les notions d'artifice, de théâtralisation et de représentation n'appartiennent guère au vocabulaire de nos créations. Alors que la scénographie s'attache traditionnellement à ne pas copier le réel, nous avons à cœur pour notre part, d'immerger les individus en questionnement dans des situations authentiques.

Mon trait de caractère premier ? JE M'AIME !

Et croyez moi qu'il faut une bonne dose d'amour propre et de confiance en soi pour chaque jour recommencer de zéro. L'inspiration est aussi volatile que le parfum du printemps en Islande, à peine les premières fragrances savourées qu'elles disparaissent dans un souffle infertile. Je ne manque donc aucune occasion de me gratifier.

Mais revenons en à mon travail. J'ai enfanté à la pédagogie "l'anti réalité virtuelle". Une situation vécue dans un contexte technologique comme le propose la V.R. ne génèrera toujours qu'un ersatz d'émotion. Nulle duplicité dans ces expériences augmentées; l'individu a tout à fait conscience de la facticité de son immersion et par conséquent du caractère optionnel de considérer irréfragable ce qu'il aurait éprouvé au cours de son apprentissage éphémère, mais je reconnais les avantages pratiques de se confronter à une situation avec le filet de sécurité que représente cette dimension virtuelle.

Je suis cependant foncièrement convaincu, que l'on ne peut faire sien d'une expérience de vie ou d'un message, que si nous le déposons très profondément dans les méandres de son intimité émotionnelle - une sorte pour moi d'aphorisme revisité ainsi : "Qui veut aller bien, assume sa nature”.



La vérité des émotions

Mais qu'en est-il de la réalité des émotions positives ou négatives qui submergent constamment notre vie et dont notre personnalité tente bon an mal an de s’accommoder. 

Pour vous expliquer l'importance que j'accorde à inscrire les émotions dans une scénographie installée dans ce que je nomme le réel immersif, je vais vous raconter une des premières mises en scène que nous avons réalisée (j'ai pour principe de garder en Islande ce qui se passe en Islande mais exception à la règle en vous confiant cette anecdote pour que vous saisissiez la portée de notre travail) : 

Le coach qui nous avait sollicité début 2015 pour habiller le séminaire d'une équipe de managers, souhaitait les faire avancer sur l'idée qu'un individu pouvait apporter plus de richesse à ceux qui collaboraient avec lui s'il se donnait le courage d'être simplement lui même (plutôt que de lutter à afficher celui qu il supposait devoir être aux yeux des autres).

Nous avions alors fait le choix artistique d'aborder cette séquence sous l'angle psychologique de la confrontation entre d'une part "celui que je suis dans ma sphère familiale, reflet de ma vraie nature" et d'autre part "celui que j'endosse, tel un costume, dès le pas franchi du seuil de mon entreprise".  

Ce matin du second jour, nous invitâmes les sept participants et leur coach à prendre place dans les véhicules mis à leurs dispositions.

Au prétexte de rejoindre à une centaine de kilomètres de là, le nouvel espace dédié à la suite du séminaire, nous ouvrîmes de notre voiture le petit cortège formé, empruntant un itinéraire dépaysant dans les immensités inhospitalières et isolées de l'Islande.  

Cheminant depuis une heure dans la nuit glaciale, sur de longues lignes droites, nous choisîmes d'arrêter les véhicules sur le parking désert d'une de ces stations services dont on pouvait se demander si les propriétaires avaient vu un être humain au cours du dernier mois. Invitant les managers à faire une pause dans l’échoppe pour y consommer un café, nous allions bientôt plonger l'un d'eux dans une expérience émotionnelle collective.  

Alors qu'il venait de pousser la lourde porte isolant la pièce unique du froid extérieur et de se presser, suivi de ses collègues, dans la chaleur du lieu : Olivier, 48 ans, directeur financier de son état d'une part et marié à Karine son âme sœur depuis 27 ans d'autre part - fer de lance malgré lui de ceux qui souffrent silencieusement de scinder en deux leur personnalité - stoppa net ses pas en fixant le mur éclairé du fond de la salle.

A l'instant même où le dernier du groupe refermait la porte du café qui se rabattait dans le tintement d'une clochette, l'émotion parcouru de bas en haut chaque témoin de la scène; se propageant des uns aux autres dans la rapidité d'une contagion sensorielle.  

Olivier se tenait là, en avant de tous, les yeux écarquillés, sans pouvoir articuler le moindre mot. Celui qui une seconde plus tôt occupait encore tout son esprit à remplir son "volume de manager", était comme mis à nu, debout, à des milliers de km de son domicile, face à une projection en direct qui le connectait avec son épouse.  

Les deux sphères dans lesquelles sa personnalité évoluait et qu'il se contraignait tant à cloisonner, venait soudainement se télescoper.  

De son bureau en France, Karine aussi était envahie par l'émotion de la situation car elle prenait conscience à cet instant, ce qu'elle offrait à son mari : le courage de n'être plus que lui même. Chacun ressentait profondément ce qu'Olivier était en train de vivre. Cette épouse qui semblait tous les regarder dans les yeux aurait pu être la leur ou leur conjoint. Les carapaces et les vernis venaient de se vaporiser. Ne se tenait à présent côte à côte, dans un silence puissant et fédérateur, que sept cœurs unis dans une même relation d'humanité.



L'ancrage comme objectif

J'entends s'exprimer le holà de certains coachs sur les mises en scène que nous créons. Je vous accorde qu'elles sont à des années-lumière des pratiques "conventionnelles". Nos expériences immersives provoquant chez les individus l'émergence de leurs émotions, nous placent à la frontière des questions éthiques. Mais faudrait-il pour cela que nous soyons nous même dépendant d'un code de déontologie !

Dans ma posture d'artiste je ne vais pas à confesse me décharger d'une quelconque responsabilité. Bien au contraire, j'assume la tête haute bouleverser les codes établis du développement personnel. Si quelqu'un avait pu un jour changer de paradigme en s'abrutissant sur LinkedIn de ces citations à l'emporte-pièce dont beaucoup se repaissent, le monde entier ne serait peuplé que de gens authentiquement heureux et naturellement bienveillants.

Les situations réelles que nous proposons ne sont finalement pas si différentes de celles rencontrées chaque jour au hasard de la vie par tout un chacun. Mais si je vous demandais à présent de me confier le souvenir d'une des expériences les plus mémorables associée à une prise de conscience majeure dans votre maturité, je ne suis pas sûr que vous puissiez me citer dans votre top 5 une émotion survenue lors d'un séminaire.

Olivier et ses collègues se souviendront probablement longtemps du message ancré par le biais de l'émotion lors d'un pit stop qu'ils pensaient improvisé dans cette station essence. Le travail de réflexion entrepris ensuite collectivement avec leur coach aura fait le reste.

Je suis obsédé par la vérité des émotions, même si c'est douloureux. Que ce soit dans le monde animal ou végétal, grandir s'est toujours accompagné d'une certaine forme de souffrance. Sortir de son cocon, éclore, pousser, quitter le nid, faire sa mue, je ne connais aucune transformation qui n'induise d'ailleurs pas cette notion de mouvement; ce même mouvement qui étymologiquement donna naissance à émotion.

La boucle est donc bouclée. Permettre aux individus d'explorer la connaissance qu'ils ont d'eux mêmes par le biais de mises en scène dans lesquels nous les immergeons, semble donc une pratique correspondre à un apprentissage plus naturel car plus proche de la réalité. La réflexion et le questionnement sont importants mais bien difficiles à inscrire dans la durée s'ils ne sont pas conjointement enracinés dans la mémoire émotionnelle.

Il n'aura jamais été aussi efficient d'apprendre de soi qu'en devenant tout simplement l'interprète éveillé de sa transformation.

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