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Le virus de la pensée unique

Dernière mise à jour : 2 mai


Nous sommes bien loin, dans notre univers globalisé, du conseil que donnait la Marquise de Sévigné à sa fille dans les années 1680 : « Pensez juste ou pensez faux mais pensez par vous-même ! » La Marquise de Sévigné reste illustre dans les annales de la littérature française, mais ce précepte à sa fille est oublié. Ne pas penser comme tout le monde, ne serait-ce pas aussi une maladie de l’esprit, un autre virus souvent qualifié d’esprit de contradiction ?


Créativité et contradiction Les Anglais ont même un terme spécifique pour le désigner : contrarian. Peut-être la contradiction serait elle nécessaire à la recherche de la vérité : « ce qui est vrai, écrivait le philosophe des sciences Karl Popper, c’est ce qui peut être démontré faux ». En termes simples, la connaissance ne surgit qu’au terme de la démolition des hypothèses dominantes, cahin-caha. Pour historier comment l'esprit de contradiction peut s'adjoindre ensuite à la force de conviction, nous pouvons rappeler qu'en 1633, alors que l'Inquisition fait un procès à Galilée au sujet de sa théorie de l'héliocentrisme, ce dernier, pour échapper au bûcher, accepte à genoux de renier publiquement sa thèse. Selon la tradition populaire, il aurait murmuré discrètement ces mots en se relevant : "Eppur, si muove !", "Et pourtant elle tourne". La créativité fait souvent peur dans des organisations où il faut tout prévoir à l’avance ; ce qui revient à anticiper a minima, à évaluer a minima, mais aussi à museler les profils décalés, les profils atypiques. La culture d'entreprise est souvent pensée comme un mot d’ordre à appliquer, de sacro-saintes valeurs affichées partout, et dont tout le monde finalement se fiche. La pensée unique a malheureusement asséché la créativité en entreprise, au point de devoir haranguer les foules de managers sur des slogans d’entreprise libérée ou encore de management « aplati ». Mais derrière ces incantations se cache une tout autre réalité : la peur des imprévus.