Devenir personne / Nathalie, 41 ans - DRH


Entre l'immersion de votre imaginaire de lecteur et l'immersion totale il n'y a qu'un pas, celui des mises en scène de BToB Classy.


« Sérieusement ? Vous souhaitez vraiment que je m’allonge sur ce tapis de mousse ? »  Lorsque je repense à ma première réaction, je mesure le chemin que j’ai parcouru pendant ces trois derniers jours. Il fallait quand même être un peu dingue pour proposer à notre petit groupe de managers cette expérience d’osmose librement réinterprétée des travaux philosophique de Bernard Andrieu : le désir conscient de se fondre dans la nature par un acte volontaire... Même si je comprenais l’idée, j’étais très éloignée de m’assumer en me couchant « volontairement » à même le sol devant 7 autres individus que je ne connaissais que depuis 4 heures ! En m’inscrivant à ce que les organisateurs avaient poliment nommé « séminaire », j’avais bien imaginé que le qualificatif « d’immersif » était une notion que l’on n’avait guère l’habitude d’accoler à celle d’un programme de formation en développement personnel. Management, philosophie, art contemporain, émotions… c’est je crois cette combinaison qui avait fait naître tout d’abord ma curiosité sur ce nouveau concept et avait par la suite engagé ma participation. Nous étions en Islande, isolés en pleine nature, rien à perte de vue mais pourtant encore en résistance avec nous mêmes...



« Je suis ici la DRH d’une société nationale ! Je ne peux pas m’exhiber ainsi devant les autres ! » C’est en ces termes que je livrais avec mon ego un dialogue pressé et embrouillé. Je voyais bien d’ailleurs que mes compagnons d’infortune étaient tout aussi bousculés que moi : ici le DAF d’un groupe de télécom, à côté la responsable stratégie du leader de l’assurance… Nous avions tous une excellente raison pour freiner des quatre fers devant l’obstacle infranchissable de s’étendre dans cet épais, confortable et magnifique champ de mousse.  

L’effet de groupe qui nous permettait de faire bloc était aussi finalement la cause de notre retenue. Chacun aurait spontanément tenté l’expérience s’il avait été en famille ou entre amis car quoi de plus facile que de s’allonger sur un matelas végétal et c´était bien là le paradoxe de la situation : dans ce contexte professionnel, l’image que nous avions de nous même nous enlevait toute liberté d’être nous même.  

Après quelques secondes d’interminables négociations silencieuses, durant lesquelles nous avions échangé ensemble des regards, cherché en l’autre du soutien, prié pour conserver notre statu quo, advint ce qui devait advenir : Mathilde, 33 ans, directrice des achats chez Cofadac partit en dissidence… 

Tels des moutons de Panurge, l’unité du groupe se fracassa sur la douillette couchette verdoyante. Notre groupe de cols blancs qui était si cohérent se transformait séance tenante en une bande de joyeux drilles, enthousiastes à l’idée pour certains de se déchausser pour apprécier plus encore la mollesse du sol.  

Mathilde qui avait déchirée l’acte de non agression en franchissant la première le Rubicon, gagnait à présent une gloriole dans la vie de notre « confrérie ».  

Les émotions que nous partagions allongés sur le dos, les bras en croix, les yeux évanouis dans l’immensité du ciel étaient elles exactement les mêmes ? Comment pouvions-nous réagir émotionnellement déjà à l’unisson en ne mutualisant pas une histoire commune. Fallait-il y voir une dynamique plus grande que celle qui nous régissait individuellement ?  

Cet épisode de j’ose / j’ose pas et l’issue que nous en avions donnée constituait le premier ciment de notre réflexion. Nous le comprîmes lorsque Jana, notre coach qui s’était elle aussi couchée auprès de nous, ouvrit la discussion sur l’estimation de soi-même et de ses actes. 

Les émotions que nous exprimions n’étaient donc que des transactions entre nous et les autres, entre nous et notre environnement.



Loin de notre zone d’apprentissage, le séminaire donnait de plus en plus de sens à notre exploration des arcanes de l’ego.

Puisque nos affects s’étaient façonnés collectivement, ils comportaient une appréciation et une évaluation des personnes qui constituaient notre groupe. La sacro-sainte peur du jugement avait encore une fois frappée.

Pourquoi avais-je mêlé à la simplicité de l’acte d’être absorbé par de la mousse, le niveau hiérarchique que j’occupais dans mon entreprise… Et s’il fallait y voir une esquive inconsciente pour ne pas retourner à MA nature. « Tant d’années d’études, de travail, de promotion qui avaient jalonnées ma brillante carrière et élevé aux responsabilités que j’occupais actuellement pour finalement, au sens propre, retomber au niveau du sol… »

Mes pensées devenaient de plus en plus ubuesques, j’étais la reine de l’élucubration : partir de rien et m’emmener vers un pas grand-chose. Un trait de caractère que je me gardais bien de gommer dans la sphère des affaires.

La vérité sur ma résistance à me fondre dans l’élément nature était bien plus brutale : L’intensité, la pureté et l’authenticité qui émanaient du paysage étaient dans mon comportement des vertus que je refrénais de plus en plus.



Crédits photos :

Karoline Hjorth & Riitta Ikonen - Eyes as Big as Plates (2011)


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